Joseph LE CORRE

Publié le 6 novembre 2017 • Mis à jour le 6 novembre 2017

Premières expériences professionnelles

Joseph est entré dans la vie active en 1972, sans formation particulière. Lycéen en Bretagne, il préparait le Bac et la révolution (« surtout la révolution »), et a raté les deux, « sans regrets ! »
Après un travail d’été au standard téléphonique des PTT en juin, et le service national en Allemagne, il est recruté fin 1973 dans l’abattoir de poulets de sa commune d’origine Briec de l’Odet, où il prend sa première adhésion à la CFDT.
Il suit ensuite des formations de tourneur puis d’ajusteur à l’AFPA et occupe divers emplois dans l’industrie et le bâtiment dans le Finistère, en particulier un gros chantier de Travaux Publics sur lequel il a été délégué CGT !
Le chômage le mène à Paris cette année là, et il décide d’étudier le Turc et le Serbo-Croate à l’Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales).
Recruté en 1981 dans un organisme de formation qui ouvrait ses portes, il ne tarde pas à créer une section CFDT avec un copain. C’est dans ce contexte qu’il entre en contact avec l’interprofessionnel francilien.
« C’était compliqué pour un provincial de trouver le contact de son syndicat professionnel à Paris ! »

Premier contact avec l’Union départementale de Paris (UD)

C’est donc l’UD, plus précisément Gaby Rogé, qui lui donne l’adresse du Sypfor, rue Keller dans le 11e ; « dont le local est devenu un temps un café nommé « Le syndicat » »
Les difficultés rencontrées l’amènent de nouveau à l’UD où son premier interlocuteur est « un certain Jacky Bontems ».
Après un engagement au bureau de sa fédération, la FEP, sur la négociation de la convention collective, Joseph est sollicité en 1984 par Annie Roussel et Jacky Bontems pour rejoindre l’UD. Il en devient le Secrétaire général en 1987.

« Années les plus passionnantes de mon investissement syndical »

« Ces années à l’UD de Paris ont d’abord été les plus tendues, mais ensuite les plus passionnantes de mon investissement syndical. Dans un contexte interprofessionnel fortement hostile, l’UD de Paris s’est maintenue sur les objectifs de la CFDT dans la lignée du congrès de Brest, celui du recentrage, de la resyndicalisation. Ma plus grande fierté concernant cette époque est d’avoir participé et animé une équipe, s’appuyant sur des syndicats CFDT qui voyaient le salariat tel qu’il était et non comme un quelconque prolétariat mythique ».
Au moment où les effectifs CFDT étaient les plus faibles, l’équipe menée par Joseph a commencé à travailler sur l’adhésion. « Michel Devacht était à la pointe sur le sujet, nous avons ensemble refusé le suivisme par rapport à des coordinations qui pour certains commentateurs allaient remplacer les syndicats, c’était une évidence ».

L’enjeu : la formation syndicale

Dans la continuité de ses prédécesseurs, Joseph a ancré l’UD dans les services aux équipes. La première camionnette étiquetée CFDT a été achetée à cette époque et permettait d’afficher la présence de la CFDT dans les manifestations mais aussi d’aller appuyer les équipes dans certaines situations de conflit.
Avec Jean-Christophe Toutlemonde, ils décident de doubler les effectifs de stagiaires en formation syndicale, l’objectif est largement dépassé et s’est ensuite poursuivi au niveau régional avec l’IREFE. « Il y avait là un enjeu stratégique fort. Beaucoup de responsables CFDT ont d’abord été des militants politiques formés ailleurs, entre la JOC et ceux issus de l’extrême gauche post 68. Développer l’organisation syndicale c’est aussi faire émerger un encadrement issu d’abord de l’action syndicale. Le fabuleux développement dans certains secteurs, par exemple les services, s’est construit dans ces années avec les engagements forts de la fédération des services et la confédération. »
C’est à cette époque également que l’équipe de l’UD fixe des priorités de congrès autour des TPE, des cadres, ou encore du tertiaire. « Ce qui paraît tellement évident aujourd’hui ne l’était pas alors pour de nombreux nostalgiques. »

Relations intersyndicales

Enfin, concernant les relations intersyndicales de l’époque et la place de la CFDT, plutôt que de suivre la CGT et son comportement dominateur, l’UD s’était engagée avec la confédération dans la politique dite des « convergences » avec FO, la CGC, la CFTC et la FEN. « Ces convergences étaient plus complexes (voire inexistantes) sur le terrain mais elles ont globalement permis de mettre fin au comportement hégémonique de la CGT. C’est ce qui a amené la première présidence de la CFDT au conseil des prud’hommes de Paris, puis celle de la Bourse du travail. En repensant à cette période je pense que nous avons participé à semer ce qui a donné la première place à la CFDT dans le privé. Tout a été possible parce qu’il y a toujours eu à l’UD des équipes qui étaient ancrées dans le réel et qu’à la région la situation avait évolué positivement ».

Après l’UD, l’engagement continue

Le parcours de Joseph à la CFDT s’est poursuivi de 1992 à 1998 en tant que Secrétaire général de l’Union Régionale et membre du BN avec Jean Kaspar puis Nicole Notat.
A 45 ans il fait le choix de retourner dans la vie professionnelle. Après le cabinet de Jean Paul Huchon sur l’emploi dans les PME, il dirige des organismes paritaires et des organismes de formation pour les migrants et les publics en difficulté. « J’ai eu la chance d’exercer des responsabilités dans des cadres qui avaient un sens, de faire avancer des projets qui me tenaient à cœur, en cohérence avec mes convictions… je n’ai toujours pas passé mon bac, mais, adepte de la formation tout au long de la vie j’ai trouvé le temps de préparer et d’obtenir des Masters à 50 et à 55 ans, d’étudier des langues pour mon plaisir. »

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Une librairie en Croatie !

À 60 ans Joseph a fait valoir ses droits à la retraite pour carrière longue (un acquis de la CFDT, ndlr) et a ouvert une librairie internationale sur une île en Croatie. « Il n’y avait pas de librairie, de l’emploi local a été créé en CDI ; la boutique est ouverte toute l’année. Je poursuis mon intégration, le perfectionnement dans la langue, l’inscription sur les listes électorales en tant que résident européen. Autre étape, autre forme d’engagement tout en profitant d’une retraite fort agréable ».