Au moment où les représentants du patronat et les députés UMP font tout pour vider le projet de loi sur la représentation collective des salariés des TPE (voir site de la CFDT), nous sommes allés à sa rencontre pour faire un premier bilan d’activité de cette expérimentation de dialogue social sur un territoire.
Quelles sont les priorités de la CPL HCR ?
Laurent BIGOT : Les Hôtels Cafés Restaurants constituent l’un des premiers secteurs professionnels du privé à Paris. Ce secteur se caractérise par un environnement composé d’une majorité de très petites entreprises, où l’on relève des difficultés dans la mise en place de politique RH pérennes, de recrutement, d’attraction des métiers du secteur et de fidélisation des salariés. Un dialogue social existe, au niveau national, pour poser et résoudre des problèmes au niveau de l’ensemble de la branche, cependant il y a aussi de la place pour développer un dialogue social vivant et constructif sur Paris. Basé sur une logique gagnant gagnant, il s’appuie sur les intérêts des salariés et sur celui des employeurs.
Qu’avez-vous mis en œuvre pour illustrer concrètement cette intention ?
LB : La Commission a défini plusieurs objectifs dont trois prioritaires à mettre en œuvre par l’intermédiaire d’un groupe de travail ad hoc. Les membres du groupe s’organisent de manière autonome mais un compte rendu d’activité est fait à l’occasion de chaque plénière, tous les trois mois.
Les trois thèmes retenus sont la formation professionnelle, la santé et la communication.
En plus des militants que chaque organisation désigne sur le sujet, nous associons à nos travaux des experts extérieurs. Sur le premier thème, la formation professionnelle, l’objectif est de permettre au plus grand nombre de salariés de ces TPE de connaître leurs droits à la formation, et d’y accéder s’ils le souhaitent. Pour permettre de faire des propositions adaptées à la réalité des TPE et aux besoins des entreprises et des salariés, nous avons prévu une grande enquête auprès des salariés et des employeurs du secteur. Un des objets de cette enquête sera notamment de repérer toutes les pratiques informelles permettant aux salariés de se former. Nous devrions avoir les résultats à l’automne. C‘est à partir de ceux-ci que nous élaborerons un plan d’action. Sur le deuxième thème, la santé au travail, nous nous sommes mis d’accord pour explorer deux métiers, très répandus dans le champ et grands « fournisseurs » de TMS (troubles musculo squelettiques), les femmes de chambre et les serveurs. Enfin, le troisième thème qui est plutôt un chantier transversal, est la communication. Nous avons prévu la création d’un site Internet. Nous sommes en train d’élaborer son contenu. Une de nos préoccupations est que ce site soit complémentaire et ne vienne pas concurrencer les différents sites mis en place par les organisations syndicales et professionnelles. Sa réalisation est prévue pour décembre 2010. Nous avons également prévu de créer un emploi pour l’animation de ce site.
Quels moyens vous permettent de financer un emploi ?
LB : Cette CPL est largement soutenue par l’ETAT via la DRTEFP (Direction régionale emploi formation professionnelle) devenue DIRRECTE (Direction Régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la consommation et de l’emploi), le Conseil régional d’Ile de France et la mairie de Paris. Nous avons un financement assuré pour démarrer les travaux de la CPL pour les deux premières années. Une mission d’accompagnement méthodologique a été confiée à l’ARACT (Association Régional pour l’Amélioration des Conditions de Travail) et un représentant de la DIRRECTE assiste à toutes les rencontres.
Quels sont les retours pour le syndicat ?
LB : C’est plutôt un investissement à moyen terme. Cette opération a tout de même aussi pour objet de développer la CFDT dans le secteur des TPE où nous ne sommes pas implantés. C’est un moyen de changer l’image du syndicalisme, de le rendre moins « effrayant » pour les employeurs et constructif pour les salariés. Nous réfléchissons d’ailleurs à mettre en place des « délégués de sites » ou « médiateurs » pour gérer des situations de travail difficiles et régler les conflits si nécessaire. Pour aboutir dans ce projet nous avons besoin, entre partenaires sociaux du secteur, d’acquérir une « culture commune » et une confiance mutuelle. C’est sûrement ce qu’il y a de plus long et de plus difficile. C’est aussi à ce prix que nous réussirons cette expérience de dialogue social territorial.
