Tribune de la CFDT Paris

Affaire Proglio : Mauvaise gouvernance et mauvais arguments

mercredi 27 janvier 2010 par CFDT Paris

La nomination d’Henri Proglio à la tête d’EDF suscite depuis des semaines des déclarations contradictoires et embarrassées ou enflammées des responsables économiques, politiques voire également de syndicalistes sur, sa double casquette, sa rémunération et sa retraite maison insolentes.

Quelques éléments de réflexion à apporter à ces débats :

La double fonction de Mr Proglio serait justifiée par la période de transition à gérer pour le groupe Veolia ?

Cela supposerait que seul Henri Proglio était au commande de Véolia jusqu’ici… Or, ce n’est pas le cas puisqu’ il y a un conseil d’administration de 14 membres qui sont –au passage- tous également présents dans des CA ou des Conseils de surveillance dans d’autres groupes bien connus français ou étrangers : Renault, Thales, Vinci, BNP, Volvo, Allianz, Generali, ENI, EDF, Eurazeo, Lazard, Eiffage, Air France-KLM, Caisses d’Epargne, Accor, Sanofi, Caisse des Dépots, etc… . Pour information, les « jetons de présence » perçus par les administrateurs en 2008 se montent à un total de 770.000€.

Il y a un comité exécutif de 8 membres, tous responsables de l’activité du groupe et qui passent une grande partie de leur temps dans les avions pour gérer les différents métiers, signer des contrats, rencontrer des dirigeants de pays, de villes, d’institutions internationales. Ils sont tous connus et identifiés depuis de longues années sur le « marché ». (Stéphane Richard est passé par exemple du cabinet de Dominique Strauss Khan à la responsabilité du transport Veolia puis au cabinet de Christine Lagarde et maintenant à France Telecom où il est pressenti pour être le prochain PDG). Hors Proglio, les 7 autres membres de ce comité ont touché en 2008 5,6 millions €.

Si toutes ces personnes bien connues, interchangeables entre les groupes du CAC 40, sont incapables de « gérer » une transition, à quoi servent-elles ? et pourquoi sont elles aussi bien payées ? Un smic pourrait suffire !

Il y a incompatibilité entre un groupe public et un groupe privé ?

À EDF fonctionne également un CA avec dans son sein des administrateurs présents également dans d’autres groupes du CAC 40. La gestion de la politique nucléaire française n’a jamais été un modèle de transparence ! Et il est impossible, sur les marchés étrangers, de distinguer l’agressivité « publique » d’EDF de celle d’un groupe capitaliste « pur sucre ». Tous ces dirigeants sont interchangeables et ce qui manque surtout c’est le sens du service « au public ». Par contre, personne ne peut admettre avec un minimum de bon sens que l’on puisse se consacrer complètement à deux groupes internationaux mondiaux de cette taille que sont EDF et Veolia. Pour l’un en tant que dirigeant exécutif et pour l’autre en tant que Président du Conseil d’Administration, sauf à dire que le CA ne sert à rien sinon à rémunérer grassement ses membres.

On peut d’ailleurs se poser la question lorsque l’on constate cette particularité française de collections de participations à ces CA de tous nos dirigeants de grandes entreprises. Qui peut dire que l’économie française en est, de ce fait, une championne de bons résultats dans le monde ?! La rémunération de Proglio est conforme au marché ? C’est quoi ce marché, où les dirigeants d’un groupe se retrouvent dans les comités de rémunérations d’un autre groupe concurrent ou ami, pour décider de la partie fixe et variable de celui qui est aussi administrateur de leur propre groupe ? Auto-marché serait plus exact comme définition. Une étude récente citée dans la presse indiquait que les dirigeants des « small caps » (entreprises moyennes par rapports aux groupes du CAC 40) réalisaient pour leurs entreprises des résultats bien plus brillants que les entreprises du CAC 40 avec pourtant une rémunération beaucoup plus faible…

Et même si ces dirigeants étaient « excellents », quelle justification apportées à des sommes aussi importantes ? 2,5 millions € versés à Proglio en 2008. Il a levé une partie de ses stocks-options pour un montant de 3,9 millions €. Sa retraite chapeau (c’est un régime très « spécial ») lui permettrait (s’il reste président du CA), comme à tous les membres du comité exécutif, sous réserve d’une ancienneté de 5 ans, de bénéficier à vie de 25% de sa rémunération antérieure ! Puisqu’ils sont censés travailler beaucoup, comment arrivent-ils à dépenser autant ? Et à quoi servent-ils pour la société qui les a employés lorsqu’ils sont en retraite ?

Tous ces grands groupes ont des comités d’éthique et prêchent la bonne gouvernance mais manifestement le capitalisme français a encore des efforts à entreprendre !

Notes : Tous les éléments de rémunérations directes ou indirectes, et bien d’autres informations, d’une entreprise cotée peuvent se retrouver dans « le document de référence » fourni aux actionnaires et disponible sur le site de :
- l’AMF. http://www.amf-france.org/inetbdif/sch_thema.aspx?lang=fr
- Veolia : http://www.amf-france.org/DocDoif/txtint/RAPOSTPdf/2009/2009-016600.pdf
- EDF : http://www.amf-france.org/DocDoif/txtint/RAPOSTPdf/2009/2009-024300.pdf


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