Action de la CFDT depuis 50 ans

Publié le 23 juillet 2016 • Mis à jour le 24 juillet 2016

Années 70 : le début d’un travail spécifique sur la question des femmes

Dès février 1971, le bureau national encourage la constitution de commissions de travailleuses mandatées par leurs structures pour :

- leur permettre d’appréhender la dimension collective de ce qu’elles perçoivent généralement comme des problèmes individuels ;
- que les structures syndicales intègrent effectivement la lutte pour la libération des femmes dans leur stratégie et leur action quotidienne.

Sous l’impulsion de la secrétaire nationale Jeannette Laot, le bureau national valide deux ans plus tard, en 1973, son adhésion (à titre personnel, en tant que membre fondateur) au MLAC (Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception) : c’est un véritable tournant idéologique pour la CFDT qui, rappelons-le, était encore quinze ans avant une organisation catholique (la CFTC).

Le 37e congrès CFDT de 1976 adopte par la suite une résolution contenant des textes de lutte contre les discriminations : “Chaque femme doit avoir la possibilité de travailler et d’assurer une base économique à son indépendance sans aucune discrimination légale ou de fait (...)” et instituant au sein de l’organisation syndicale une commission confédérale de reflexion et d’action sur les problèmes des travailleuses. Cette commission, à l’origine de nombreuses orientations prises par la CFDT sur le sujet, existe toujours aujourd’hui sous l’appellation de Commission Confédérale Femmes (CCF). En 1979, la CFDT publie un ouvrage qui est le premier de l’organisation syndicale sur le thème de l’égalité professionnelle : Travailleuses : Combat pour une libération .

Les premières lignes de l’ouvrage - l’édito - sont écrites par Jeannette Laot, toujours secrétaire nationale CFDT à cette époque : « Au cours de plus de quinze années d’action et de réflexion sur les causes de la surexploitation des travailleuses, la CFDT a élaboré une politique revendicative originale liant étroitement lutte des classes et libération des femmes. Elle est la seule susceptible d’aboutir à la suppression des inégalités et des discriminations que subissent les travailleuses dans et hors de l’entreprise ».

Ce qui frappe, à la lecture de cet ouvrage de 150 pages, c’est son incroyable actualité. Il suffirait de mettre à jour quelques chiffres pour pouvoir l’éditer en librairie en 2016. Les titres de chapitre sont éloquents : on y trouve entre autres « nature féminine ou condition culturelle ? », « les conséquences de la double journée sur l’organisation du travail » ou encore « des obstacles liés à la conception de la famille ».

Ce document montre que la CFDT a été active sur ce thème dès l’entrée massive des femmes sur le marché du travail au cours des années 70, même s’il n’est pas question à cette époque de harcèlement sexuel ou de violences sexuelles ou sexistes.

En 1982, sous l’impulsion de la Commission travailleuses, la CFDT adopte des quotas pour rendre obligatoire la présence de plusieurs femmes dans ses instances confédérales . Un combat qui reste d’actualité en 2008 puisque la lettre de mission de la CCF en 2007 demande – au-delà de ses missions récurrentes - de mener une réflexion spécifique sur la place des femmes dans les structures CFDT et la mixité des responsables.

1990, la CFDT revendique une définition légale du harcèlement sexuel

A la fin des années quatre-vingt, la CFDT édite un ouvrage « Femmes, clés pour l’égalité » écrit par une ancienne membre de la Commission Travailleuses et désignée en 1988 premier secrétaire confédérale femmes, Béatrice Ouin. Dans ce livre, nous retrouvons la plateforme revendicative de la CFDT « Pour le respect et la dignité des femmes, la CFDT revendique : une définition légale du harcèlement sexuel, une législation qui ne décourage pas la victime de porter plainte, des condamnations pour les employeurs qui laissent de telles pratiques s’exercer dans leurs entreprises, ainsi que pour ceux qui ne respectent pas la dignité des femmes ».

De ce premier pas en 1990 suivra une participation de Béatrice Ouin au Conseil supérieur de l’égalité professionnelle. Ce conseil travaillera notamment sur le projet de loi visant à introduire la notion de harcèlement sexuel dans le code du travail.

Dans une publication de la commission européenne Commission européenne / Direction générale « Emploi, relations industrielles et affaires sociales », Le harcèlement sexuel sur le lieu de travail dans l’Union Européenne, Office des publications officielles des communautés européennes, 1998 sur le harcèlement sexuel sur le lieu de travail , les auteurs de l’étude pointent d’ailleurs que c’est « la CFDT qui a été le plus tôt sensible au problème. En 1990, le syndicat a réalisé une enquête pour mieux connaître la dimension du phénomène et il a participé à l’élaboration d’une proposition de loi ». Cette enquête a été commandée à l’institut CSA sur « la condition des femmes actives en France ». Réalisée du 12 au 17 février 1990 auprès d’un échantillon représentatif de 804 femmes âgées de 18 ans et plus, elle comportait une question ainsi formulée : « Depuis que vous exercez une activité professionnelle, avez-vous été l’objet de sollicitations à caractère sexuel que vous n’avez pas désirées ? ». 8% des femmes interrogées répondent par l’affirmative .

En mars 1990, la CFDT réunit 2000 femmes de l’organisation pour un grand rassemblement féministe intitulé « Actuelles 90 ». C’est le deuxième rassemblement de ce type, mais le premier à aborder, lors d’une table ronde, la problématique du harcèlement sexuel au travail, en s’appuyant notamment sur le sondage CSA. Lors de cette table ronde (en présence de Marie-Victoire Louis de l’AVFT, Claude Evin, ministre des Affaires sociales et de la Solidarité et Michèle André, secrétaire d’Etat aux Droits de la femme), Nicole Notat - alors secrétaire générale adjointe de la CFDT – déclare : « Sur le harcèlement sexuel, un vide juridique existe en France. Il est possible d’obtenir réparation par la loi, mais rien sous l’angle conditions de travail, hygiène-sécurité et environnement au travail. Les CHS et CHSCT ne pourraient-ils pas se voir confier des missions élargies en la matière pour pouvoir prendre des mesures préventives ? ». Michèle André répond alors : « Il faut avancer dans l’entreprise comme vous le suggérez (…). Car si des choses relèvent du pénal, d’autres doivent relever du droit du travail, comme au Québec par exemple ».

Les archives de la CFDT montrent que 1990 est une année de forte sensibilisation autour du thème du harcèlement sexuel. Ainsi l’hebdomadaire Syndicalisme hebdo (tiré à 41 000 exemplaires en 2008), à destination des militant-e-s, consacre un article intitulé « Dignité et nouvelles relations au travail » qui, via une rencontre avec Marie-Victoire Louis et Sylvie Cromer (AVFT), brosse un état des lieux sur le harcèlement sexuel.

Dans l’extrait suivant, nous pouvons mesurer une certaine prise de conscience de l’organisation ainsi que des pistes d’action qui peuvent s’avérer encore utiles aujourd’hui pour le projet Respectées :

« (…) La France apparaît vraiment en retard sur la question. De nombreuses entreprises aux USA, au Canada et en Europe ont élaboré des politiques contre le harcèlement sexuel.
Le syndicalisme semble trop souvent se contenter de dénoncer dans ces cas l’autorité hiérarchique alors que le problème est plus large en son sein. Les terrains existent pour agir. Que ce soit l’information auprès des salariés, un examen et une défense complète des pressions exercées. Mais aussi la négociation de dispositions protectrices dans les conventions collectives, accords d’entreprise, règlements intérieurs…, l’intervention des CHSCT et des élus (…) »

Un mois plus tard dans la même revue, Béatrice Ouin présente le colloque organisé les 17 et 18 mars 1990 par l’AVFT sur le thème « harcèlement sexuel et abus de pouvoir au travail » . On peut lire dans cet article :

« La CFDT, seule parmi les syndicats français à avoir accepté d’être à la tribune, est intervenue (…) pour rappeler que le harcèlement sexuel est une atteinte à la dignité de la personne. (…) Les sections syndicales doivent faire pression pour que ces pratiques disparaissent. Elles y arriveront d’autant mieux que les femmes seront nombreuses parmi les adhérents et les militants. »

Si quelques articles peuvent paraître aujourd’hui accessoires par rapport au phénomène des violences, il faut bien se remettre dans le contexte de l’époque (qui n’a pas tant changé que cela) pour se rendre compte que la CFDT, en osant parler publiquement en interne comme en externe du harcèlement sexuel, en revendiquant une définition légale du terme ou encore une condamnation des employeurs qui laissent de telles pratiques s’exercer dans l’entreprise, se révèle presque révolutionnaire.

Dès l’introduction de ce projet de loi, présenté le 29 avril 1992 au Conseil des ministres, Nicole Notat, toujours secrétaire générale adjointe en charge de ce dossier, signe une déclaration qui montre que la CFDT n’entend pas en rester là à propos du harcèlement sexuel :

“C’est un premier pas pour assurer aux femmes le respect de leur dignité dans le travail. C’est en effet la première fois que le harcèlement sexuel est nommé, qu’il est juridiquement reconnu comme répréhensible. Faire disparaitre le harcèlement sexuel, c’est oeuvrer pour l’égalité professionnelle et pour l’amélioration des conditions de travail.
Mais cette loi, quand elle sera votée, n’est qu’un début pour atteindre cet objectif : ce sera dans les entreprises, à travers le règlement intérieur et l’action des CHSCT, qu’il faudra mettre en oeuvre les moyens efficaces d’une réelle prévention.

La CFDT a toujours privilégié le contrat à la loi, la prévention à la répression. Nous retrouvons dans la plupart des ouvrages et des guides cette notion “d’organisation du travail” qui est, selon la CFDT, à l’origine des violences (au sens large) subies par les salarié(e)s. C’est ainsi que la déléguée confédérale Femmes, Brigitte Ouin, insistait également sur la prévention au moment où se votait la loi sur le harcèlement sexuel : “faire en sorte que certaines situations qui peuvent favoriser des comportements ambigus soient évitées.(...) Le CHSCT peut faire toute proposition de prévention. On le voit, la future loi est un excellent appui combiné à une pratique syndicale préventive des élus.”

1992 : Nicole Notat est élue secrétaire générale de la CFDT

1992 est une année charnière pour l’organisation syndicale CFDT puisque Nicole Notat accède à la fonction de secrétaire générale à la place de Jean Kaspar. Nicole Notat est la première femme à diriger une confédération syndicale en France. Au-delà d’être une femme, elle est aussi l’ex- secrétaire nationale chargée de la question des femmes à la CFDT.

Entre 1992 et 1994, la question n’est pas traitée. Nicole Notat craint peut-être la caricature de la militante féministe et ne veut pas donner de signes dans ce sens.

De 1992 à 1996, c’est donc une période transitoire pour le dossier “harcèlement sexuel”, pour différentes raisons. Marguerite Bertrand a succédé à Nicole Notat comme secrétaire nationale en charge de ce dossier. Elles sont les deux seules femmes à la commission exécutive, qui comporte neuf membres. Et à l’instar de la politique, être une femme en responsabilité dans le syndicalisme est suspect par définition. Beaucoup leur reprochent en effet de n’être là que grâce aux quotas, ce qui en plus est le cas, comme le souligne Marie-Noëlle Thibault , ancienne élue à l’Union départementale CFDT de Paris :

“De cette façon, les organisations étaient très fortement incitées à présenter des femmes. Les deux femmes qui sont actuellement à la Commission exécutive de la CFDT sont entrées au BN par le système des quotas. Marguerite Bertrand pour la fédération des Services et Nicole Notat pour la Lorraine. On a beaucoup discuté des quotas, pour ou contre, de façon assez théorique. Certaines femmes disaient que c’était un compromis inacceptable. En fait, dans la pratique, ça a été efficace, parce que ça a permis à des femmes d’acquérir une expérience nationale qu’elles n’auraient jamais eue sans les quotas.”

On peut donc penser que Marguerite Bertrand a voulu “faire ses preuves” sur des dossiers un peu moins connotés “féministes”. En outre, 1992 est la première année de définition du harcèlement sexuel dans le code du travail. Il faut se laisser du temps pour voir comment la nouvelle loi va être appliquée et comment les équipes syndicales vont s’en saisir. Et de fait, les retombées de la loi ont été longues à apparaître : “C’est après le rassemblement Actuelles 95, le rassemblement Femmes de la CFDT, que les premiers dossiers ont commencé à nous parvenir” constate, dans un entretien donné en 1996 au journal CFDT, Catherine Battut du service juridique confédéral .

En marge de ce rassemblement Actuelles, la revue hebdomadaire de la CFDT “Syndicalisme Hebdo” avait consacré une double-page intitulée “Harcèlement sexuel : la prévention, une question de pratique syndicale” . L’article, cosigné par Béatrice Ouin, déléguée confédérale femmes, et Marc Génoyer du Service juridique de la confédération, se veut didactique en présentant les différents moyens d’action pour combattre le harcèlement sexuel. Dans son éditorial, Marguerite Bertrand écrit : “ La loi permet maintenant d’en poursuivre les auteurs, et il est important de connaître cette loi. Mais plus importante encore est la prévention (...)Les locaux syndicaux doivent être les premiers lieux d’accueil des victimes, aussi les délégués doivent-ils être bien informés sur ces questions”.

Il y a de toute évidence une prise de conscience qu’une juriste de l’AVFT, Juliette Boyer, résume parfaitement dans un entretien donné à CFDT Magazine de novembre 1996 : “Les délégués syndicaux ne se sentent pas toujours suffisamment concernés par ces questions. Même si avec la CFDT nous travaillons en concertation sur plusieurs dossiers, il y a encore trop peu de motivation à agir chez les représentants du personnel ou les élus au CHSCT, alors même qu’ils disposent d’un grand pouvoir”. A cette époque déjà, l’AVFT proposait aux partenaires sociaux des modules de formation. Nous ne disposons hélas pas de chiffres quantifiant le nombre de syndicalistes formé-e-s.

En 1997, toujours sous l’impulsion de Marguerite Bertrand, la CFDT s’appuie sur la Journée internationale des femmes du 8 mars pour mettre en valeur les actions menées par les unions régionales CFDT sur le thème des violences et du harcèlement sexuel . On découvre ainsi que des régions comme Midi-Pyrénées (dont la secrétaire générale est alors Annie Thomas, future membre de la commission exécutive confédérale), l’Alsace ou encore la Bretagne ont organisé des colloques sur le harcèlement sexuel, avec des tables rondes sur les pratiques syndicales ou encore l’intervention d’acteurs du Théatre Forum. On voit aussi la fédération “Santé-sociaux” organiser, dans les sections syndicales, des lieux d’accueil et d’écoute pour les victimes de violences. Toutes ces expériences montrent que plusieurs responsables politiques sont volontaristes pour lever les tabous des violences.

La même année, une grande campagne de communication est portée par la confédération avec notamment une brochure adressée aux militants syndicaux, un guide, des affiches pour les locaux syndicaux, un dépliant destinée aux salariées...
Bref, tout le matériel nécessaire pour les sections syndicales. Une campagne « volontariste », dont Annie Thomas explique en 1998 l’objectif : « Si les mesures législatives adoptées en 1992 permettent aux femmes concernées de se faire entendre plus largement et d’engager des procédures judiciaires, l’action judiciaire n’est qu’un des outils de l’action syndicale. Nous avons aussi à développer une pratique de prévention et de négociation. Lever le tabou du non-dit sur le harcèlement sexuel au travail, faciliter et libérer l’expression des victimes, organiser une prise en charge syndicale efficace, sensibiliser et former les acteurs du monde du travail, développer des actions de prévention, tels sont aujourd’hui les objectifs de la CFDT » .

De 1998 à 2008 : les violences faites aux femmes hors cadre du travail

En 1998, le congrès de Lille de la CFDT confirme Nicole Notat comme secrétaire générale et la commission exécutive connaît des changements. Annie Thomas, très active sur le sujet lorsqu’elle était aux commandes de la région Midi-Pyrénées, fait son entrée et devient secrétaire nationale en charge du dossier Femmes.

Dans le même temps, la CFDT se montre concernée par les violences faites aux femmes hors cadre du travail ou dans le monde. Ainsi, les articles retrouvés dans les archives « presse » de la CFDT évoquent le soutien aux femmes algériennes (1995) , la demande de grâce de Véronique Akobé (1996) ,des droits des femmes en Afghanistan (1996) ou encore la situation des femmes en Tunisie (1998) .

Entre 2000 et aujourd’hui, les recherches faites montrent que la CFDT s’est plutôt axée sur des déclarations condamnant les violences faites aux femmes dans le monde ou dans le cadre conjugal, sans engager d’actions spécifiques.

L’inventaire des articles dans la presse CFDT sur cette période est sans équivoque : « Les femmes toujours victimes de la pauvreté et de la violence » (2000) ; « Violences conjugales : un problème de santé publique » (2000) ; « Violences : les mots et les chiffres pour le dire » (2001 : référence à l’enquête ENVEFF) ; « Violences conjugales : le rapport qui débusque un des tabous de la société française » (2002) ; « Nigéria : Safiya doit être sauvée de la lapidation » (2002) ; « Les femmes des quartiers marchent pour leur droit » (2003) ; « Ni putes ni soumises, une nouvelle campagne pour l’égalité » (2004) ; - aucun article sur les violences en 2005 - « Violences faites aux femmes : le combat syndical espagnol » (2006).

En 2006, Laurence Laigo devient membre de la commission exécutive de la CFDT avec notamment en charge le dossier femmes. Il lui semble primordial de travailler en commun avec des associations féministes de quartiers, de s’investir dans la lutte contre les violences conjugales ou exercées contre les femmes dans les quartiers. Cette orientation répond à une logique : les violences, hors cadre du travail, créent une inégalité professionnelle. La nouvelle secrétaire nationale a d’ailleurs essayé d’aborder le thème des violences sexistes dans la cadre de la conférence sur l’égalité entre hommes et femmes de novembre 2007, comme le montre cet extrait de son audition le 24 juillet 2007 .

“(...) Le dernier point sur lequel la CFDT est demandeuse, et elle est la seule, est celui des violences sexistes. Elle souhaite qu’un travail global soit effectué au cours de cette conférence considérant que les textes français sont intéressants, mais très éparpillés. Le principe de la loi cadre espagnole lui semble une bonne façon de réactualiser certains textes et de mieux les articuler en permettant un vrai débat sur le sujet. (...)"

Mais la délégation aux droits des femmes de l’assemblée nationale, par la voix de sa présidente Marie-Jo Zimmermann, ne l’entendait pas ainsi :
“Marie-Jo Zimmermann, présidente, a demandé en quoi cette question entrait dans le cadre des discussions de la conférence sur l’égalité professionnelle. (...) Elle s’est étonnée que la CFDT souhaite intégrer ce sujet dans la conférence. La question est d’ailleurs tellement importante qu’il ne faudrait pas l’introduire dans une conférence qui vise d’autres priorités.”

La lecture de l’audition de Maryse Jaspard le 3 mars 2009 (dans le cadre de Mission d’évaluation de la politique de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes )nous éclaire un peu sur le lien que la CFDT fait entre l’égalité professionnelle et la violence :
"De plus, s’il est à présent admis, avec quelques réserves, que la violence conjugale existe dans tous les milieux, on sait aussi que le chômage est un facteur aggravant. La proportion de violences conjugales s’accroît quand la femme est au chômage, elle augmente quand l’homme est au chômage, et d’un cran supplémentaire si les deux membres du couple sont chômeurs. Le lien entre violence à l’encontre des femmes et relégation sociale est patent. On peut donc penser que, puisque la crise va s’approfondir, les femmes vont subir encore davantage de violences."

En outre, la Maitre de conférence déclare "Ainsi, le harcèlement sexuel au travail est toujours fort. De plus, une femme victime de violences conjugales subira plus souvent qu’un autre harcèlement au travail et violence de rue, car la vulnérabilité crée la vulnérabilité. Pour éviter que ne se cumulent différentes sortes de violences, il faut commencer par lutter contre la violence intrafamiliale."

C’est pourquoi la CFDT continue à revendiquer aujourd’hui un travail sur les violences dans le cadre d’un travail sur l’égalité professionnelle.

À partir de 2009, le projet respectées de la CFDT Paris

Le projet Respectées mis en place par la CFDT Paris répond un constat : les victimes de violences sexuelles et sexistes au travail ne s’adressent pas prioritairement aux syndicats lorsqu’elles veulent dénoncer les violences qu’elles subissent. Quand elles surmontent leurs difficultés d’en parler, elles s’adressent plus volontiers à leur médecin traitant, des ami-e-s, la famille ou encore les associations. En bref, les acteurs de l’environnement du travail
(inspection du travail, médecine du travail, syndicat) ne sont pas considérés comme un premier recours pour les victimes. L’une des raisons pour expliquer cela est qu’une violence sexuelle peut être intégrée par la victime comme relevant de la sphère intime quand bien même les faits ont lieu au travail. Pour les syndicats, nous pouvons y ajouter une autre explication possible : les délégués syndicaux sont majoritairement des hommes.
Si ce fait peut poser un problème a priori pour les victimes, ça n’est plus le cas si nos délégués et plus largement la section CFDT af chent et communiquent sur le lieu de travail leur intérêt sur le sujet. C’est à partir de cette idée que nous avons décidé de concentrer nos efforts et nos moyens sur les sensibilisations et formations des équipes syndicales.

Sensibilisation et prévention

En six ans, ce sont plus de 2000 militant-e-s qui ont été sensibilisé-e-s et formé-e-s (notamment 35 formations d’une journée, environ 40 interventions auprès des sections, quatre rassemblements à la Bourse du travail...), dont la plupart de nos conseillers prud’hommes parisiens ainsi qu’une dizaine de conseillers du salarié. Ajoutons que la dernière année du projet nous a amené à décentraliser nos interventions dans les autres Unions départementales d’Île-de-France. Plusieurs équipes syndicales ont ensuite enclenché des actions de prévention à travers des af chages, la distribution de tracts ou encore des interventions en CHSCT pour interpeller l’employeur sur les dispositifs prévus « dans le cadre de l’article L1153-5 du Code du travail qui prévoit que l’employeur prend toutes dispositions nécessaires en vue de prévenir les agissements de harcèlement sexuel ». Notons également que des militants – et cela nous conforte dans notre analyse – ont été contactés par des victimes après que celles-ci aient vu l’af che Respectées sur le panneau syndical de leur lieu de travail.

La communication

Pour mener des campagnes de sensibilisation sur le lieu de travail, les équipes syndicales doivent
disposer des outils de communication telles que des af ches et brochures.
Si le stock de brochures a rapidement été épuisé, les af ches n’ont pas rencontré le même succès (sans que nous puissions expliquer la raison : pas assez syndical, trop agressif ?...).
En support de notre action, nous avons également développé dès la première année un site Internet du projet (respectees.cfdtparis.com) qui reçoit en moyenne 600 visites mensuelles. Sans être une source d’information sur l’actualité liée au harcèlement sexuel, il reste un lieu ressource en ligne qui contient une présentation du projet, l’action de la CFDT sur ce thème depuis 1970, un lexique, des outils pour agir et des repères de droit international, européen et français.
En 2016, le contenu de ce site a été intégré dans une rubrique spécifique sur le site de la CFDT Paris.

La prise en charge des victimes

Depuis 2009 qu’elle travaille sur ces questions, la CFDT Paris a été identifiée en interne comme un lieu ressource pour les syndicats ou les sections lorsqu’elles sont confrontées à la prise en charge d’une victime. Sur les trois années du projet, l’UD a suivi les dossiers de huit victimes de violences sexuelles et sexistes. La CFDT Paris est par ailleurs intervenue ou a établi des liens avec les sections CFDT dans certains dossiers suivis par l’AVFT.

Et aujourd’hui

Le Bureau national de la CFDT réuni le 12 mars 2015 a inscrit dans sa lettre de mission à la Commission Confédérale Femmes (CCF) un article sur la lutte contre les violences sexuelles et sexistes au travail. Dans cette lettre, il est ainsi indiqué : « A l’occasion des 40 ans de la loi Veil le secrétaire général [NDLR : Laurent Berger] a rappelé que « Au-delà de l’IVG, la CFDT s’engage à lutter contre toutes les formes de violences sexuelles et sexistes. Parce que le droit
violence
des femmes à disposer librement de leur corps est le premier droit, la condition indispensable pour construire une égalité réelle entre les Femmes et les Hommes ».
La lutte contre les violences sexistes et sexuelles au travail nécessite la formation des militant-es et la sensibilisation des responsables.
La CCF fera des propositions pour répondre à cette double nécessité en s’appuyant entre autres sur l’expérience acquise en la matière par l’UD de Paris. Elle pourra dans ce cadre se faire accompagner notamment par l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail.
En son sein, la CFDT est confrontée aux mêmes réalités que le reste de la société, pour autant elle se doit de viser l’exemplarité sur le sujet.
La CCF est chargée de faire des propositions en ce sens, notamment pour mettre en œuvre l’action 12 prévue dans le PAM de la CFDT : « Permettre à tout responsable CFDT d’être en capacité de réguler les propos et les comportements sexistes ».

- Voir aussi l’entretien croisé de Laurent Berger et Marilyn Baldeck (AVFT) « Le sexisme est contraire à nos valeurs ».